Un soldat blessé, qui rampe de toutes ses forces vers sa mère patrie. Ne la trouvant pas, il tourne en rond, pressé par son désespoir et sa douleur. Il tourne en rond en rêvant du nombre impossible de pas qui l'amèneront à son but. Un futur cadavre, une vie d'agonie. Une vie. Ma vie.
Il confesse, comme si sa tristesse n'était pas assez grande, chaque moment de vie où il s'est sentit faible. La faiblesse, pas dans le sens ou le sexisme l'entend par la force de l'homme, la faiblesse face à ses pulsions qui le possède, à la mort qui rôde, au sexe qui tente, et à toutes sortes de choses que l'Humain ne saurait se défaire sans une volonté d'acier.
Il se contemple, faible reflet d'une réalité innavouable et se pose la question que tout être se verra posée dans l'autre monde. C'est cette question qui le fait avancer.
Alors parfois, il trouve une ville, s'y soigne, fait d'agréables rencontres, se croit heureux, se croit fort. Mais cela ne dure qu'un temps avant de se rendre compte qu'il n'y a pas sa place, que le reste du monde n'a que l'unique but de lui faire comprendre qu'il sera à jamais seul. Seul et sans patrie.
Alors il erre, la bouche serrée, le visage fermé, en éloignant toute aide, toute compassion. Il préfère souffrir seul que mal accompagné, dans le désert brulant qu'est l'isolement, le silence. Le replis sur soi. Mieux vaut cela que d'assumer en public ses pulsions immondes, ses idées ignobles, toutes ses hontes inconfiables, comme un condamné sur la place publique. Qu'il crame seul. Il ne rêve que de ça.